Convention IRSI : qui paie un dégât des eaux en copropriété ?

Tache d'humidité au plafond après un dégât des eaux
Photo : Zulfugar Karimov via Pexels

En bref

  • La convention IRSI (Indemnisation et Recours des Sinistres Immeuble) organise, entre assureurs, la gestion des dégâts des eaux et des incendies dans les immeubles. Elle s'applique depuis le 1er juin 2018.
  • Jusqu'à 1 600 € HT de dommages par local, l'assureur de l'occupant du local sinistré indemnise, sans recours contre le responsable.
  • Entre 1 600 € et 5 000 € HT, ce même assureur indemnise, puis exerce un recours contre l'assureur du responsable.
  • Au-delà de 5 000 € HT, c'est la convention CIDE-COP (en copropriété) ou le droit commun qui s'applique.

Le dégât des eaux est le sinistre le plus fréquent en copropriété. Il implique souvent plusieurs appartements, les parties communes et plusieurs assureurs. Pour éviter que chaque dossier tourne à la querelle d'experts, les assureurs ont signé une convention qui répartit les rôles : la convention IRSI. Elle ne remplace pas vos droits, mais elle détermine qui s'occupe du dossier et qui vous indemnise. Voici comment elle fonctionne concrètement.

Qu'est-ce que la convention IRSI ?

La convention IRSI est un accord entre compagnies d'assurance, entré en application le 1er juin 2018. Elle a remplacé l'ancienne convention CIDRE. Elle s'applique aux sinistres dégât des eaux et incendie survenus dans un immeuble, que celui-ci soit en copropriété ou en monopropriété, lorsque les assureurs concernés y ont adhéré, ce qui est le cas de la grande majorité d'entre eux.

Son principe : désigner pour chaque local sinistré un assureur gestionnaire, qui organise l'expertise si nécessaire et indemnise son assuré, quelles que soient les responsabilités. Les comptes entre assureurs se règlent ensuite, selon des règles de recours propres à chaque tranche.

Une convention entre assureurs, pas contre l'assuré

La convention IRSI n'est pas opposable aux assurés : elle organise la gestion entre compagnies. Un copropriétaire victime conserve toujours le droit d'agir contre le responsable selon les règles du droit commun. Mais en pratique, la convention simplifie et accélère l'indemnisation pour la grande majorité des sinistres.

Les tranches de la convention

Le montant des dommages s'apprécie par local sinistré et hors taxes.

Montant des dommages (par local, HT)Convention applicableQui indemnise ?Recours
Jusqu'à 1 600 €IRSI, tranche 1L'assureur gestionnaire du local sinistréPas de recours contre le responsable
De 1 600 € à 5 000 €IRSI, tranche 2L'assureur gestionnaire du local sinistré, après expertiseRecours contre l'assureur du responsable, selon un barème
Plus de 5 000 €CIDE-COP (copropriété) ou droit communSelon les responsabilités établiesRecours de droit commun

Qui est l'assureur gestionnaire ?

En règle générale, l'assureur gestionnaire est celui de l'occupant du local sinistré :

  • si le logement est occupé par son propriétaire, c'est l'assureur multirisque habitation du copropriétaire occupant ;
  • si le logement est loué, c'est l'assureur du locataire pour ses biens et ses aménagements ; certains dommages immobiliers peuvent relever de l'assureur du propriétaire bailleur ;
  • si le logement est vacant, c'est l'assureur du propriétaire (PNO) ;
  • pour les parties communes, c'est l'assureur de l'immeuble, souscrit par le syndic.

Chaque local endommagé a donc son propre gestionnaire. Un dégât des eaux qui touche trois appartements et la cage d'escalier peut mobiliser quatre assureurs gestionnaires, chacun pour son local.

À lire : Assurance de la copropriété : ce que couvre l'immeuble et ce qui reste à votre charge

La recherche de fuite

C'est l'un des apports majeurs de la convention. Lorsque l'origine de la fuite est inconnue, la recherche de fuite est organisée par l'assureur gestionnaire du local où se trouve la cause présumée. Elle peut nécessiter des investigations destructives (ouverture d'une cloison, d'un faux plafond, d'un carrelage) ; leurs frais et la remise en état sont pris en charge selon les règles de la convention.

Pratiquement, si la fuite semble venir des parties communes (colonne d'eau, toiture, descente d'eaux pluviales), c'est au syndic de la faire rechercher et réparer, en déclarant le sinistre à l'assureur de l'immeuble. Si elle vient d'un appartement (joint de baignoire, flexible de machine à laver), l'occupant concerné doit faire intervenir son assureur et un plombier.

La convention CIDE-COP au-delà de 5 000 €

Pour les sinistres les plus importants en copropriété, la convention CIDE-COP (Convention d'Indemnisation Directe et de renonciation à recours en dégâts des Eaux dans la COPropriété) peut prendre le relais au-delà de 5 000 € HT. Elle s'applique lorsque les conditions de la convention IRSI ne sont pas réunies et qu'au moins deux assureurs adhérents sont concernés. Elle ne s'applique pas notamment aux locaux à usage exclusivement professionnel ni lorsque la responsabilité d'une entreprise de construction est en cause.

Le rôle du syndic

  • Il déclare le sinistre à l'assureur de l'immeuble lorsque les parties communes sont touchées ou en sont à l'origine.
  • Il organise la recherche de fuite et la réparation lorsque la cause se situe dans les parties communes.
  • Il facilite l'accès aux parties communes et coordonne les intervenants.
  • Il suit l'indemnisation du syndicat et l'exécution des travaux de remise en état.

La gestion d'un sinistre fait partie des prestations particulières que le syndic professionnel peut facturer au syndicat, si elles sont prévues au contrat (voir notre article sur les honoraires de syndic).

Cas pratiques

Cas 1 : fuite de machine à laver au 3e, plafond abîmé au 2e

Les dommages chez le voisin du 2e s'élèvent à 900 € HT. Tranche 1 : l'assureur de l'occupant du 2e l'indemnise directement, sans recours contre l'occupant du 3e. Ce dernier fait réparer sa machine et déclare le sinistre à son propre assureur pour ses éventuels dommages.

Cas 2 : colonne d'eau commune fuyarde, deux appartements touchés

L'appartement A subit 3 000 € HT de dommages, l'appartement B 1 200 € HT. Le syndic fait réparer la colonne et déclare le sinistre à l'assureur de l'immeuble. L'assureur de l'occupant A indemnise son assuré (tranche 2) puis exerce un recours contre l'assureur de l'immeuble. L'assureur de l'occupant B indemnise son assuré (tranche 1), sans recours.

Cas 3 : infiltration par la toiture, dommages importants au dernier étage

Les dommages dépassent 5 000 € HT. La convention IRSI ne s'applique plus pour ce local : selon les cas, la convention CIDE-COP ou le droit commun s'applique. La responsabilité du syndicat (défaut d'entretien des parties communes) peut être recherchée. Ce type de sinistre récurrent doit conduire à inscrire la réfection de la toiture au plan pluriannuel de travaux.

À lire : Plan pluriannuel de travaux (PPPT) : obligations, calendrier et coût

Les bons réflexes en cas de dégât des eaux

  1. Couper l'arrivée d'eau et, si nécessaire, l'électricité.
  2. Prévenir le voisin du dessus (ou du dessous) et le syndic si les parties communes sont concernées.
  3. Remplir un constat amiable de dégât des eaux avec les personnes concernées.
  4. Déclarer le sinistre à votre assureur dans le délai contractuel, généralement cinq jours ouvrés.
  5. Photographier les dommages et conserver les factures et devis.
  6. Ne pas engager de travaux de remise en état avant l'accord de l'assureur, sauf mesures conservatoires urgentes.

Ce que la convention IRSI ne règle pas

La convention simplifie la gestion entre assureurs, mais certains points restent à traiter par les copropriétaires et le syndic :

  • La réparation de la cause : l'indemnisation des dommages ne règle pas la fuite elle-même. La réparation d'une canalisation privative incombe au copropriétaire concerné ; celle d'une canalisation commune incombe au syndicat.
  • Les franchises : chaque assuré supporte la franchise prévue par son propre contrat.
  • Les sinistres à répétition : la convention ne traite pas l'origine structurelle des fuites. Une copropriété qui accumule les dégâts des eaux doit envisager des travaux sur les colonnes ou l'étanchéité.
  • Les situations de non-assurance : si l'occupant responsable n'est pas assuré, la victime doit se retourner contre lui selon le droit commun.
  • Les dommages au-delà de 5 000 € HT : ils sortent du champ de la convention IRSI.

Parties communes ou privatives : qui répare la canalisation ?

ÉlémentQualification habituelleQui fait réparer ?
Colonne montante d'eauPartie communeLe syndic, aux frais du syndicat
Branchement après le robinet d'arrêt du logementPartie privative (le plus souvent)Le copropriétaire
Descente d'eaux usées communePartie communeLe syndic
Joints de baignoire, flexibles, chauffe-eau individuelPartie privativeLe copropriétaire (ou le locataire pour l'entretien courant)
Toiture, terrasse communePartie communeLe syndic
Terrasse à jouissance privativeSelon le règlement : souvent commune pour l'étanchéité, privative pour le revêtementÀ vérifier dans le règlement

Ces qualifications sont indicatives : seul votre règlement de copropriété fait foi. Lorsqu'il est muet, la loi présume communes les canalisations et éléments d'équipement commun.

Les délais à respecter

  • Déclaration à l'assureur : dans le délai fixé par votre contrat, généralement cinq jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre.
  • Constat amiable : à établir rapidement avec les voisins concernés, il accélère le traitement.
  • Mesures conservatoires : immédiatement, pour limiter l'aggravation des dommages.
  • Information du syndic : sans attendre, dès que les parties communes sont touchées ou suspectées.

Le rôle des copropriétaires bailleurs et des locataires

Lorsqu'un logement est loué, la convention fait intervenir plusieurs contrats. Pour éviter les blocages, chaque acteur a intérêt à connaître sa place :

  • Le locataire déclare le sinistre à son assureur multirisque habitation, qui est en général l'assureur gestionnaire pour son local. Il doit aussi prévenir son bailleur sans délai.
  • Le bailleur déclare le sinistre à son assureur propriétaire non occupant pour les dommages qui relèvent de ses garanties, et fait réparer les éléments qui lui incombent.
  • Le syndic intervient si la cause ou les dommages concernent les parties communes.

Le bailleur a tout intérêt à vérifier chaque année l'attestation d'assurance de son locataire : en cas de sinistre, l'absence d'assurance prive la convention de son assureur gestionnaire et complique l'indemnisation de tous les voisins touchés.

Enfin, si votre immeuble connaît des dégâts des eaux à répétition, parlez-en au conseil syndical. Au-delà des indemnisations, ces sinistres pèsent sur la prime de l'assurance de l'immeuble et peuvent conduire l'assureur à résilier le contrat. Une campagne de remplacement des colonnes ou de reprise de l'étanchéité, inscrite au plan pluriannuel, coûte souvent moins cher à moyen terme.

À lire : Parties communes et parties privatives : qui possède quoi en copropriété ?

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Questions fréquentes

Qui paie un dégât des eaux en copropriété ?

Pour les dommages jusqu'à 5 000 € HT par local, c'est en principe l'assureur de l'occupant du local sinistré qui indemnise, selon la convention IRSI. Les assureurs règlent ensuite entre eux la charge définitive selon les responsabilités et les tranches.

Quels sont les seuils de la convention IRSI ?

Tranche 1 jusqu'à 1 600 € HT par local, sans recours ; tranche 2 de 1 600 € à 5 000 € HT, avec expertise et recours. Au-delà de 5 000 € HT, la convention CIDE-COP ou le droit commun s'applique.

Qui s'occupe de la recherche de fuite ?

L'assureur gestionnaire du local où se situe la cause présumée de la fuite. Si elle provient des parties communes, le syndic organise la recherche et la réparation et déclare le sinistre à l'assureur de l'immeuble.

La convention IRSI s'applique-t-elle aux locataires ?

Oui. Lorsque le logement est loué, l'assureur du locataire intervient pour ses biens et aménagements ; certains dommages immobiliers peuvent relever de l'assureur du propriétaire bailleur.

La convention IRSI couvre-t-elle aussi les incendies ?

Oui, la convention IRSI s'applique aux dégâts des eaux et aux incendies survenus dans un immeuble, selon les mêmes principes de tranches.

La convention IRSI s'applique-t-elle si l'un des assureurs n'y a pas adhéré ?

Non, la convention ne lie que les assureurs adhérents. Si l'un des assureurs concernés n'y a pas adhéré, la gestion du sinistre suit les règles du droit commun de la responsabilité. En pratique, la grande majorité des assureurs habitation l'ont signée.

Sources

Information générale. Cet article présente les règles applicables à la date de sa mise à jour, à partir des textes officiels cités en sources. Il ne remplace pas un conseil personnalisé : pour une situation particulière, rapprochez-vous d'une ADIL (conseil gratuit), d'un notaire ou d'un avocat.

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